Les négociations climatiques : Logiques des acteurs?

Dr. Rafik Hiahemzizou, MAE

Au CREAD, Salle des réunions, le 29/04/2019 à 10h00

 

Résumé de la conférence :

Dans ce travail, nous parcourons la rationalité, la rationalité limitée et l’irrationalité dans les négociations climatiques. Nous avons commencé notre enquête en étudiant la rationalité instrumentale ou substantive des parties dans les négociations climatiques en supposant que ce type de rationalité intervient lorsque les agents dans les négociations agissent et se comportent comme étant des individus animés par des motivations économiques, politiques et sociales reflétant les conditions et les intérêts de leurs pays respectifs. Leur objectif étant la maximisation du profit.

Ensuite, nous avons évoqué la théorie des jeux qui est une extension de la rationalité instrumentale dans un environnement marqué par une interaction entre plusieurs individus. Là encore, la rationalité instrumentale s’impose dans les négociations mais les acteurs tiennent compte des positions des autres individus dans le cadre d’accords non-coopératifs. Nous avons étudié un cas particulier qui est l’accord de Paris en tant qu’accord non-coopératif par excellence.

Comme entrée de jeu dans le monde de la rationalité limitée et l’irrationalité, nous avons évoqué les paradoxes qui surgissent dans les jeux et nous les avons appliqués aux négociations climatiques à travers des expériences de pensée inspirées des expériences réelles effectuées par les auteurs et qui tendent à montrer que le but des acteurs n’est pas toujours la maximisation du profit.

Dès lors que l’insuffisance des capacités cognitives et les facteurs psychologiques déterminent le choix et le comportement des agents, nous avons abordé les travaux de Kahneman et de Tversky sur les heuristiques en les appliquant aux négociations climatiques.

Mais en exprimant le doute sur la présence dominante de ces heuristiques dans les décisions, les choix et le comportement des agents dans les négociations climatiques, nous avons critiqué cette approche psychologique. Cette critique nous a amené à voir que finalement l’approche fondationnelle de la rationalité limitée d’Herbert Simon ne s’applique pas vraiment à ce type de négociation.

Si la rationalité substantive est inévitable dans l’explication des choix et des décisions des agents, comment alors résoudre le problème de l’insuffisance dans les capacités cognitives des agents qui est à la base de la rationalité limitée ? La solution qui a été adoptée est de recourir  à une approche originelle  qui consiste à énoncer que les agents compensent ces limites en puisant dans les ressources cognitives de l’environnement mais aussi en exploitant les possibilités offertes par le partage et la distribution de la cognition entre plusieurs agents dans les négociations climatiques. Cette approche a été bien vérifiée dans ces négociations.

En récapitulant tous ces enseignements, nous avons conclu que les Etats-parties sont animés d’une rationalité instrumentale dès le départ des négociations et avant même de négocier et devant l’absence d’une autorité régissant le climat. Cette rationalité n’est limitée ni par l‘interaction avec d’autres agents comme l’explique la théorie des jeux ni par les facteurs psychologiques. Ces derniers n’interviennent que de manière fragmentaire et partielle. Par conséquent, la rationalité substantive basée sur la maximisation du profit reste entièrement valable dans les négociations climatiques.